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★★☆☆☆ L'Assaut


Pierre-Jean Ducis / 1936 / France


Avec : Charles Vanel (Alexandre Mérital), Alice Field (Renée de Rould), André Alerme (Antonin Frépeau), Jean Joffre (Marc Label), Madeleine Robinson (Georgette Mérital), Charles Lemontier (Garancier), Philippe Janvier (Julien Mérital), Marcel Vergne (Daniel Mérital), Marcel Chabrier (le préfet de Police), Arlette Dubreuil (Hélène Rigon), Maurice Schutz (le domestique), Georges Marceau (un journaliste), Janine Darcey (la bonne)...


Parce qu’il a jadis dérobé une forte d’argent – restituée depuis – au notaire grenoblois qui l’employait dans son étude, l’éminent député Alexandre Mérital se retrouve la victime d’un chantage exercé sur un par lui de ses anciens amis. Victime ? Pas seulement. Afin de contrer l’adversaire, il engage un procès en injure et diffamation, qu’il remporte à grand renfort de ruse et de persévérance. Dans les faits, ayant pris conscience de la duplicité du directeur de journal plus ou moins à l’origine de la cabale, et qu’il tenait jusqu’alors pour un ami de longue date, Mérital l’oblige à acheter à prix d’or le silence du maître chanteur. Au cours du procès, ce dernier se rétracte publiquement, tandis que « l’accusé », lavé de tout soupçon et congratulé par la foule, retrouve ses enfants. Seule Renée de Rould, une amie de la fille de Mérital éprise de ce dernier depuis quatre ans, aura appris, de sa bouche, l’exacte vérité à propos de ce vol, déjà ancien, et sa complète réparation par trois décennies d’une existence probe et honnête. Le tout conclu par une demande en mariage en bonne et due forme, dont il ne faut pas être sorcier pour deviner qu’elle sera gréée et ne tardera guère à donner lieu à une cérémonie nuptiale.


Le sujet de L’Assaut, tout démodé qu’il puisse paraître aujourd’hui, constitue la force motrice de ce drame, filmé de manière fonctionnelle, pour ne pas dire « avec platitude », mais porté de bout en bout par une quinte flush de comédiens et de comédiennes. Vanel, qui se montre sobre et puissant du début à la fin, quand bien même, par instants, se regarderait et s’écouterait-il jouer un peu trop, et se pose, sur la durée, comme une alternative plus que crédible à Lucien Guitry, créateur historique du rôle de Mérital. Alerme, nageant en eaux troubles sans perdre un instant sa faconde, nourrissant, scène après scène, son rôle d’absolu faux derche d’une constante bonhomie mâtinée d’arrière-plans soignés et jouant, sur la durée, à niveau de jeu égal avec Vanel. Joffre, crapule de choix d’une véracité confondante, pour ne pas dire à toute épreuve, et comédien littéralement prodigieux. Madeleine Robinson « première période », dont les inflexions vocales et le phrasé semblent calqués sur ceux de Paulette Dubost (!), mais forte d’un jeu plus qu’assuré, parfaitement en place, lui permettant de transcender l’emploi-type, souvent ingrat, des jeunes premières de routine. Alice Field, actrice-Stradivarius mieux que belle, à l’entrain communicatif et aux silences éloquents (poignants, parfois), et dont la constante probité ne peut que faire regretter le peu de cas que le Septième Art fit d’elle passé le cap de la première moitié des années 1930. C’est en très grande partie grâce à elle, à la tendresse et à la conviction qu’elle parvient, sans se forcer beaucoup, à conférer à l’ensemble, un peu didactique, que L’Assaut doit d’être, à l’arrivée, un peu plus qu’une critique au scalpel, mordante et efficace, des mondes confondus de la Politique, de la Finance et de la Presse d’opinion. N’aura en définitive manqué à ce film, statique dans sa première partie, fluide dans la seconde, que le regard d’un véritable cinéaste : avec un metteur en scène de la trempe de Maurice Tourneur aux commandes, on on était à deux doigts d’un authentique chef-d’œuvre. Il n’en demeure pas moins vrai que Ducis, servi par sujet en or, un découpage habile et une interprétation irréprochable (sauf en ce qui concerne Philippe Janvier et Marcel Vergne, l’un et l’autre ternes, inconsistants et purement fonctionnels), signe ici l’une de ses réalisations à la fois les plus honnêtes et les plus honorables. Deux ans plus tard, sur un canevas analogue (Vanel, grand bourgeois irréprochable rattrapé par un passé trouble, confronté à un chantage mettant son honneur en cause et n’en finissant pas moins par terrasser un à un ses adversaires), Kurt Bernhardt brodera avec davantage de bonheur Carrefour (1938), œuvre à la fois plus vigoureuse et mieux maîtrisée sur le fond et la forme, mais peut- être un peu moins réussie au seul rapport de la direction d’acteur(s).


© Armel De Lorme / L’@ide-Mémoire, novembre 2018. Toute reproduction même partielle interdite, sauf autorisation écrite des auteur et éditeur.


Photo : Madeleine Robinson et Alice Field, René Chateau/La Mémoire du Cinéma, D.R.

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