L'@ide-Mémoire Cinéma

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★★★★☆ Sylvie et le Fantôme

 
Claude Autant-Lara / 1945  / France


 

Avec : Odette Joyeux (Sylvie), François Périer (Ramure), Pierre Larquey (le baron Édouard), Jacques Tati (Alain de Francigny, dit le Chasseur Blanc), Louis Salou (Anicet, l’acteur), Julien Carette (Hector, le domestique), Claude Marcy (la comtesse des Vertus), Jean Desailly (Frédéric Damasse), Paul Demange (le conseiller), Marguerite Cassan (Marthe), Raymond Rognoni (M. Damasse, l’antiquaire), Lise Topart (Marie-Berthe des Vertus), Gabrielle Fontan (Mariette, la vieille bonne), Anne-Marie Paillard & Françoise Paillard (les petites Des Vertus), Pierre Houssier & Michel Houssier (les petits Des Vertus), Albert Michel (Gabriel, le chauffeur de M. Damasse), Marie-Jacqueline Chantal (une invitée), Guy Favières (le chef d’orchestre), Germaine Stainval (la bridgeuse), Colette Ripert (une jeune invitée), Jean Mello (un gendarme), Arlette Accart, Gabriel Gabert, Aliette du Sire.


Est-ce la présence en tête d’affiche d’Odette Joyeux qui veut cela ? Sylvie et le Fantôme apparaît à la fois comme le prolongement du Baron fantôme (Serge de Poligny, 1942) et l’absolu contrepoint – à la fois poétique, mélancolique et joyeux – de Douce (Claude Autant-Lara, 1943). Constamment touchante, mais jamais mièvre ni ridicule pour autant, elle mène avec une sensibilité inouïe un bal tout entier placé sous le signe de la délicatesse. Délicatesse de la mise en scène, limpide, fluide et aérienne. Délicatesse du texte de Jean Aurenche, à qui le fait de faire cavalier seul – ou d’être parti des du dialogue original d’Alfred Adam – semble avoir donné des ailes. Délicatesse des maquettes de Jacques Krauss, exécutées par Lucien Carré, comme des éclairages soignés réalisés par Philippe Agostini ou de la prestation, mieux que sensible elle aussi, de Pierre Larquey, magistralement servi par un rôle en diamant et platine, dont il s’acquitte à merveille, presque sans rien faire pour. D’une manière générale, la troupe réunie par Autant-Lara autour d’Odette Joyeux est au diapason des qualités cinématographiques stricto sensu témoignées par l’ensemble, que dominent d’une courte tête Carette (efficace et drolatique), Louis Salou (absolument hors sol, constamment prodigieux), l’efficcace Claude Marcy (savoureuse sans jamais verser dans la caricature et habile à tirer, sur la longueur, le meilleur parti d’un personnage objectivement impossible), l’immense Gabrielle Fontan, qui n’a besoin que de deux scènes pour faire montre, une fois de plus, d’un génie à proprement parler sidérant, Jacques Tati, enfin, ici cent fois meilleur acteur – et mille fois plus « poétique » – que dans ses propres films. En comparaison avec leurs partenaires, François Périer et Jean Desailly font ce qu’ils peuvent : rien d’exceptionnel en soi, mais rien de déshonorant non plus, malgré les tics de jeu du premier (pas ex-élève et successeur autoproclamé de Jouvet pour rien !) et le manque de présence, fût-ce la plus élémentaire, du second, qui semble traverser une heure quarante de film sans jamais véritablement imprimer la pellicule. À ce bémol près, Sylvie est le Fantôme reste l’une des réalisations les plus soufflantes et les plus abouties d’Autant-Lara, réalisateur hors norme, directeur d’acteur hors pair, en même temps qu’il constitue certainement un des très rares chefs-d’œuvre – peut-être le tout premier en date – du cinéma français de l’immédiat après-guerre. Qui n’en comptera pas des masses.


© Armel De Lorme / L’@ide-Mémoire, juillet 2019. Toute reproduction même partielle interdite, sauf autorisation écrite des auteur et éditeur.


Photo : Gabrielle Fontan, Jacques Tati (en surimpression) et Odette Joyeux, D.R.