L'@ide-Mémoire Cinéma

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★★★★  Le Fantôme de la Liberté
 
Luis Buñuel  / 1974 / France-Italie

 

1974. France/Italie. PR DÉL : Serge Silberman (Greenwich Film Production). PR ASS : Marina Cicogna & Bino Cicogna (Euro International Film). RÉ : Luis Buñuel. SC : Luis Buñuel. COLL SC : Jean-Claude Carrière. DIAL : Jean-Claude Carrière. IM : Edmond Richard (Eastmancolor – Panavision-Sphérique). CAD : Jean Harnois. ASS OP : André Clément & Alain Herpe. PH PL : Jean Distinghin. SON : Guy Villette. ASS SON : Jean Labourel. RÉENR : Jacqueline Porel. MONT SON : Gina Pignier. EFF SON : Luis Buñuel. MIX : Alex Pront. ASS MIX : Claude Viland. MUS PRÉEX : Johannes Brahms (Rhapsodie). MUS ORIG : Georges Rabol. ÉD MUS : Galaxie Musique. MONT : Hélène Plemianikov [= Hélène Plemiannikov]. ASS MONT : Nathalie Lafaurie. EFF SPÉ & TRUC : François Suné. EFF PLASTIQUES : Thierry Vide. DÉC : Pierre Guffroy. ASS DÉC : Maurice Sergent. ACC PL : François Suné. COSTUMIÈRE : Jacqueline Guyot. ASS COSTUMIÈRE : Olympe Watelle. COST HOMMES : Francesco Smalto Paris. FOUR : Henri Stern « Art et Création ». MAQ : Monique Archambault. COIF : Alex Archambault. ASS DE LUIS BUÑUEL : Pierre Lary. ASS RÉ : Jacques Frankel. SCR : Suzanne Durrenberger. RÉG GÉN : Francis Peltier. RÉG ADJ : Hervé Lachize. RÉG EXT : Pierre Lefait. RÉG EXT ADJ : Jean Revel. CHEF MACH : René Menuset. CHEF ÉLEC : Marcel Policard. DIR PR : Ully Pickard. ADM PR : Jacqueline Dudilleux. ADM COMPTA : Jacqueline Oblin. PR : Greenwich Film Production (Paris) & Euro International Film (Rome). DIST : 20th Century Fox. STU : Studios Paris-Studios-Cinéma (Boulogne-Billancourt). EXT : Paris (dont XIVe arrondissement et abords de la tour Montparnasse), Zoo de Vincennes (Val-de-Marne) & région parisienne. TIR : Laboratoires Franay LTC St. Cloud. AUDI : Auditorium Paris-Studios-Cinéma (Boulogne-Billancourt). GÉNÉR : CTR – Les Films Michel François. DÉB : 04/02/1974. PP : 11/09/1974. MÉTR : 2.858 m. DUR : 105 mn. VISA : 42.404 (10/09/1974).


AVEC : Adriana Asti (Estelle [la dame en noir] & Marguerite Richepin [la sœur du 1er préfet de police]), Julien Bertheau (M. Richepin, le 1er préfet de police), Jean-Claude Brialy (Henri Foucauld), Adolfo Celi (le docteur Pierre Pasolini), Paul Frankeur (l’aubergiste), Michel Lonsdale [= Michael Lonsdale] (Jean Bermans, le chapelier masochiste), Pierre Maguelon (le gendarme Gérard), François Maistre (le professeur), Hélène Perdrière (la tante de François de Richemont), Michel Piccoli (le 2nd préfet de police), Claude Piéplu (le commissaire Dupuis), Jean Rochefort (Richard Legendre), Bernard Verley (le capitaine de Dragons), Milena Vukotic (la secrétaire médicale), Monica Vitti (Hélène Foucauld), Jenny Astruc (Élisabeth, l’épouse du professeur), Pascale Audret (Brigitte Legendre), Ellen Bahl (la nurse d’Aliette Legendre), Philippe Brigaud (le satyre), Philippe Brizard (Georges, le barman), Agnès Capri (la directrice de l’école), Jean Champion (le médecin d’Henri Foucauld), Jean Debarry [= Jacques Debary] (le président de la cour d’Assises), Anne-Marie Deschott [= Anne-Marie Deschodt] (Édith Rosenblum, la flagellatrice), Michel Dhermay [= Jean-Michel Dhermay] (un officier français), Philippe Lancelot [= Patrick Lancelot] (un 2ème officier français), Paul Le Person (le Père Gabriel), Pierre Lary (Bernard Levasseur, le tueur-poète), Marius Laurey (l’agent au cimetière), Alix Mahieux (la maîtresse de maison), Maxence Mailfort (le lieutenant du tank), Annie Monange (une victime de Bernard Levasseur), Gilbert Montagné [= Guy Montagné] (le jeune carme), Muni (Françoise, la bonne des Foucauld), Bernard Musson (le Père Raphaël), Jean Mauvais (l’agent aux jumelles), Marc Mazza (le sergent du tank), Marcel Pérès (le vieux carme), Marie-France Pisier (Mme Calmède, l’invitée élégante), Pierre-François Pistorio (François de Richemont), Jean Rougerie (Charles, le maître de maison), André Rouyer (le brigadier), Marianne Borgo (Doña Elvira), Auguste Carrière (la nurse de la Valérie), Jean Degrave (l’homme en pyjama), Orane Demazis (Mme Richepin mère), Tobias Engel, Éric Gamet (un gendarme), Gilbert Lemaire [= Gérard Lemaire] (un gendarme), Jacqueline Rouillard (Jacqueline, la secrétaire de la préfecture de police), Jean Abeillé (un monsieur à d’audience), René Aranda (un agent de police), José Luis Barros (le guérillero fusillé), José Bergamín (le prêtre fusillé), Valérie Blanco (la petite Aliette Legendre), Luis Buñuel (le moine fusillé), I. Carrière (la petite Véronique Foucauld), Alain Chevestrier [= Bouboule] (le biker blessé), Janine Darcey (la patiente âgée), Nicole Desailly (la promeneuse), Didier Flamand (le secrétaire de la préfecture de police), Patrick Granier (un gendarme), Lisbeth Hummel (le corps nu de la tante de François de Richemont), Claude Jaeger (le colonel de gendarmerie), Jean-Claude Jarry (le 3ème officier français), Chantal Ladesou (la soubrette), Gaston Meunier (un officiel au Zoo de Vincennes), René Morard (un officier de gendarmerie), Maryvonne Ricaud (la petite Sophie), Sala (le cireur), Serge Silberman (le condamné au bandeau sur le front), Hans Verner (n’apparaît pas dans les copies actuellement visibles), Dominique Besnehard (?), Éric Marion.


Bien plus qu’un film déroulé du début à la fin en mode marabout-de-ficelle, une succession ininterrompue de cadavres exquis, imperturbablement alignés par le fantôme d’un vieux misanthrope indigne mais facétieux. Le tout – de façon très assumée semble-t-il – réalisé en mode mineur : en terme de réalisation stricto sensu, Le Fantôme de la Liberté n’atteint jamais, sur la longueur, le niveau de L’Ange exterminateur ou du Charme discret de la bourgeoisie, un peu comme si le fond devait primer sur la forme, le script sur la mise en scène, la direction d’acteur, impeccable, sur l’écriture filmique proprement dite. Avec le sentiment, malgré tout, sur la dernière ligne droite, que l’ensemble n’est pas aussi anecdotique – ni paresseux – qu’il veut bien s’en donner l’air. Passée la première intervention de Claude Piéplu, commissaire de police obtus confronté à la vraie-fausse disparition d’une fillette qui est là sans être là, la machine s’emballe, la mise en scène décolle et la mécanique filmique bascule de façon imperceptible dans quelque chose qui tiendrait à la fois de l’absurde le plus échevelé et de la folie la plus débridée. Il n’en sort plus, jusqu’à la conclusion, et c’est tant mieux : derrière le ronron aimable, parfois surprenant, des deux premiers tiers du film, la dernière demi-heure semble rétroactivement éclairer tout ce qui a précédé, un peu comme si Buñuel, malin comme il n'est pas permis, avait dès le commencement, fait le choix délibéré de doser ses effets soixante minutes durant et de conserver le meilleur pour la fin.


Les acteurs ? Il faudrait pouvoir citer, au bas mot, les deux tiers d’entre eux, plus honorés les uns que les autres de venir servir la soupe à Don Luis, un peu à la manière des interprètes des fresques historiques de Guitry deux décennies auparavant. Du lot, Claude Piéplu et Julien Bertheau sont ceux qui tirent le plus habilement leur épingle du jeu, parce que ce sont eux qui épousent, au plus près, la folie buñuelienne. Mais il serait injuste, très, de passer sous silence, pris au hasard d’un casting plus impressionnant encore que foisonnant, Michel Piccoli et Michel Lonsdale, Jean Rochefort et Jean-Claude Brialy, François Maistre et Pierre Maguelon, Adriana Asti et Monica Vitti, Milena Vukotic et Muni. Comme il serait injuste d’omettre de l’inventaire Anne-Marie Deschodt, flagellatrice impavide, ou Alix Mahieux, maîtresse de maison gourmée, Orane Demazis, aussi parfaite dans la vachardise et l’aigreur qu’elle l’a été jadis dans la sensibilité à fleur de peau, ou Pascale Audret, d’un charme fou et d’une drôlerie irrésistible, a fortiori lorsqu’elle s’amuse, presque sans en avoir l’air, à parodier Delphine Seyrig jusque dans ses sourires méticuleusement alignés, comme en cascade. Et puis, avec le recul, le constat un peu triste que pour une Chantal Ladesou (tant mieux) ou un Guy Montagné (tant pis) tournant ici leur premier ou deuxième film, ce sont Agnès Capri et Paul Frankeur, Hélène Perdrière et Marcel Pérès qui tirent, à jamais, leur révérence au grand écran. Les cadavres exquis, chez Buñuel, ne sont jamais où l’on croit qu’ils se trouvent, et pas seulement dans un caveau de famille visité, de nuit, par un préfet de Police en roue libre depuis qu’il a reçu un appel téléphonique de sa sœur morte quatre ans plus tôt. Ce n’est pas le moindre paradoxe de ce film en trompe-l’œil, un peu bâclé à première vue, pas forcément loin du chef-d’œuvre, fût-il involontaire, à l’arrivée.


© Armel De Lorme / L’@ide-Mémoire Cinéma, 2015-2020.


Version remaniée d'un texte publié pour la première fois l’Encyclopédie des Longs-Métrages français 1929-1979 - Volume XVI (Armel De Lorme, L’@ide-Mémoire, 2016). Toute reproduction, même partielle, reste soumise à l'accord écrit des auteur et éditeur.


Photo : François Maistre, Alix Mahieux, Jenny Astruc, Marie-France Pisier et Jean Rougerie, Gaumont, D.R.