L'@ide-Mémoire Cinéma

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

★★  Dragées au poivre
 
Jacques Baratier / 1963 / France-Italie

 

Avec : Guy Bedos (Gérard, le grand dadais), Jean-Paul Belmondo (Raymond-La-Légion, le légionnaire éplucheur de patates), Francis Blanche (Herr Franz Fibig, le père d’Anna), Jean-Marc Bory (l’homo micro [= Roland Bourgeois, le radio-reporter]), Claude Brasseur (le plombier d’amour), Françoise Brion (la Striptisiste, l’élève du cours de strip-tease employée de bureau), Sophie Daumier (Jackie la P…, la tapineuse blonde), Sophie Desmarets (Lucienne, dite Lulu, la pianiste de « L’Académie Française Plastique »), Anne Doat (l’échotière [= la journaliste interviewant Gérard au début puis à la fin du film]), Jacques Dufilho (Monsieur Alfonso, le directeur de « L’Académie Française physique »), Anna Karina (la pauvre Ginette), Valérie Lagrange (l’Effeuilleuse, l’élève du cours de strip-tease blonde qui n’a pas de gant), Daniel Laloux (le zoom [= Gabriel, dit Gaby, le cinéaste]), Jean-Pierre Marielle (Monsieur [Alexei] Rakanowsky, le champion de tennis vétéran), Andréa Parisy (l’Éplucheuse, l’élève du cours de strip-tease au chignon), François Périer (Legrand, le 1er papa-nounou au bois de Boulogne), Rita Renoir (l’ethnologue/la danseuse lascive), Jean Richard (Lepetit, le 2nd papa-nounou au bois de Boulogne), Pascale Roberts (la Spogliarella, l’élève du cours de strip-tease dont la fermeture-éclair de la jupe est coincée), Simone Signoret (Madame Geneviève, « la dame à la robe d’organza à pois bleus »), Francesca Solleville (la goualeuse blonde), Alexandra Stewart (la fille de couverture [= Anna Fibig, la mordue de cinéma-vérité]), Jean-Baptiste Thierré [= Jean-Baptiste Thierrée] (Grégoire, le jeune fou de cinéma-vérité), Roger Vadim (« Lui », le Don Juan), Romolo Valli (Signor X), Monica Vitti (« Elle », la veuve), Marina Vlady (Gisèle, la radio taxi girl), Élisabeth Wiener (Frédérique, la jeune sœur de Gérard), Georges Wilson (le Casimir), Jean Aron (le président de l’Union des Voyeurs parisiens), Jean-Michel Audin (le voyeur brun au bois de Boulogne), Jean Babilée (Oscar, le maquereau gifleur), Tsila Chelton [= Tsilla Chelton] (la tapineuse au chapeau à plumes, au boa noir et au parapluie), Les Lee, Git Magrini [= Gitt Magrini] (Ia passante italienne interviewée par Grégoire), Alessandro Rubin, Jacques Seiler (l’officier dirigeant la rafle au bois de Boulogne depuis le car de police), Siska, Walter Welly, Yan, Mario Beunat (le 4ème journaliste à la conférence de presse), Philippe Bruneau (le 2nd élève-danseur à « L’Académie Française Plastique »), Henri Coutet (un voyeur au bois de Boulogne), Gérard Grégory (un cinéaste amateur), Jean Laugier (le marchand de fleurs barbu qui agite la jarretière de la mariée), Raymond Pierson (un monsieur à la conférence de presse), Virginie Vignon (une spectatrice à Roland Garros), Claudine Berg (n’apparaît pas dans les copies actuellement visibles), Sophie Grimaldi (n’apparaît pas dans les copies actuellement visibles), Irène Tunc (n’apparaît pas dans les copies actuellement visibles), Albert Jacquard (?).


Une plongée en apnée dans le monde des Nouveaux-Vagues sert de prétexte à un déroulé façon marabout-de-ficelles (ou à la manière des cadavres exquis, c’est selon), mené tambour battant, faussement bordélique, authentiquement maîtrisé. Trop familier de l’avant-garde 1944-1950 pour être dupe un instant d’une quelconque mythologie cinématographique des années 1960 prise au sens large (= englobant pêle-mêle Godard et culture yéyé), Baratier signe ici son œuvre la plus joyeuse, peut-être aussi la plus surprenante, qui convoque aussi bien Cocteau, figure tutélaire disparue depuis peu, qu’Antonioni, et établit, à la faveur d’un récit bien moins foutraque qu’il n’y paraît de prime abord, des passerelles insoupçonnées entre une Simone Signoret inattendue, moitié Marlene-Dietrich, moitié-Yvonne de Bray, et une Monica Vitti (charme décoiffant et humour rentré) atteignant ici des sommets quasi inégalés dans le registre absente-et-présente-à-la-fois. L'ensemble n’est certes pas exempt de défauts, qui laisse souvent place au cabotinage le plus éhonté d’acteurs laissés en roue libre (Marielle ou Belmondo, l'un et l'autre particulièrement exécrables ; Guy Bedos, pas pire que son fils, mais a-t-il jamais été ne serait-ce que possible à l'écran ?) ou à des ressorts comiques parfois poussifs, improbables et datés. Voir notamment la séquence des deux pères de nouveau-nés monstrueux, massacrée de bout en bout par l’interprétation premier degré toute d'un François Périer se regardant jouer et d'un Jean Richard s'écoutant dire (et réciproquement).


Globalement mieux servi par ses comédiennes que par leurs homologues masculins, Baratier cinéaste n’en offre pas moins des moments remarquables à Claude Brasseur ou Jacques Dufilho, de manière plus inattendue à Roger Vadim, et se montre, sur la longueur, l’un des meilleurs directeurs d’actrice du moment, à niveau presque égal avec Jacques Demy ou Paul Vecchiali. Au-delà de sa structure même et de ses aspects les plus subversifs, le charme pérenne de Dragées au poivre doit beaucoup à la présence conjuguée, face caméra, de Sophie Desmarets et de Marina Vlady, d’Anna Karina et d’Élisabeth Wiener, de Pascale Roberts et de Valérie Lagrange. De Sophie Daumier, enfin, et surtout, dont on ne dira jamais à quel point le Septième Art aura honteusement sous-utilisé, deux ou trois décennies durant, le formidable potentiel cinématographique, et dont Baratier aura probablement été le seul, avec Séria (…Comme la Lune, 1977) et Sautet (Une histoire simple, 1978), à exploiter au mieux les immenses qualités de jeu, la sensibilité à fleur de peau et la remarquable cinégénie. Éclectique et pertinente, la partition composée pour moitié par Ward Swingle sur des lyrics originaux d’Audiberti, pour moitié par Bassiak sur ses propres mots (on n’oubliera, très volontiers, le pénible et exagérément bécasse Lili Gribouille que pour retenir la plus que superbe Joueuse de gong confiée à Frrancesca Solleville ou l’inégalable La vie s’envole, bien mieux servi ici par le couple Brasseur-Karina que par la seule Jeanne Moreau plus tard), constitue, quant à elle, l’une des bandes originales les plus excitantes du cinéma hexagonal des années 1960, à jeu égal, au moins, avec les Demy-Legrand et celle, signée Antoine Duhamel, de Pierrot le Fou.

© Armel De Lorme / L’@ide-Mémoire, 2015-2018.


Version remaniée d’un texte extrait de l’Encyclopédie des Longs-Métrages français 1929-1979 - Volume XIII (Armel De Lorme, L’@ide-Mémoire, 2015). Toute reproduction même partielle interdite, sauf accord écrit des auteur et éditeur.

Photo : Monica Vitti et Roger Vadim, D.R.