L'@ide-Mémoire Cinéma

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★★★☆☆  Le Dialogues des carmélites
 
Philippe Agostini & Raymond-Léopold Bruckberger / 1959 / France-Italie

 

Avec : Jeanne Moreau (Mère Marie de l’Incarnation), Alida Valli (Mère Thérèse de Saint-Augustin [Mme Lidoine], la nouvelle prieure), Madeleine Renaud (Mère Henriette de Jésus [Mme de Croissy], la 1ère prieure), Pascale Audret (Blanche de La Force, en religion Blanche de l’Agonie du Christ), Pierre Brasseur (le commissaire de la Révolution), Jean-Louis Barrault (Baptiste, le mime), Anne Doat (Marie-Geneviève Meunier, en religion Sœur Constance de Saint-Denis), Georges Wilson (l’aumônier du Carmel), Pierre Bertin (le marquis de La Force), Claude Laydu (le chevalier de La Force), Judith Magre (Rose Ducor, la comédienne), Simone Angèle (Sœur Agnès), Pascale de Boysson (Sœur Cécile), Jacqueline Dane (une carmélite), Paula Dehelly (Sœur Catherine), Hélène Dieudonné (Sœur Jeanne de la Divine Enfance, la religieuse sourde), Yvette Étiévant (Sœur Lucie, la tourière), Anouk Ferjac (Sœur Élisabeth), Sophie Grimaldi (Sœur Anne de Jésus), Lydia Lester (Sœur Gertrude), Margo Lion (Sœur Saint-Louis), Nicole Polack (Sœur Charlotte), Hélène Vallier (Sœur Agathe), Lucien Arnaud (Thierry, le cocher du marquis de La Force), Camille Guérini (le docteur Javelinot [= le médecin du Carmel]), Renaud Mary (Fouquier-Tinville), Lucien Raimbourg (le commissaire adjoint), Albert Rémy (le sans-culotte accompagnant Thierry), Daniel Ceccaldi (l’officier à cheval), Franca Bettoja (une carmélite), Gérard Darrieu (le citoyen juge), Agnès Duval (l’habilleuse), Pascal Mazzotti (un admirateur de Rose Ducor), Claire Olivier (Sœur Gabrielle), Jean-Marie Rivière (un commissaire du peuple), Dominique Zardi (un assesseur), Pierre Santini, Julien Verdier.


Il s’en est fallu de très peu que ce film soit une sorte de chef-d’œuvre. Si ce n'est pas exactement le cas, la faute en incombe, en tout premier lieu, aux gros plans répétés sur Jeanne Moreau, en mode Falconetti-Dreyer – cheveu ras et absence dommageable de maquillage – toute, et se regardant jouer (elle le faisait beaucoup, à l'époque) du début à la fin. Elle en incombe ensuite, de façon tout aussi fâcheuse, au travelling (de trop) final sur les nuages, là où la montée au ciel (supposée) des seize carmélites de Compiègne allait de soi. Le mieux est, et au cinéma plus encore que dans la vraie vie, l'ennemi du bien. On ne le rappellera jamais assez.


Présence conjuguée aux manettes de R.L. Bruckberger et de Philippe Agostini - le coscénariste/coadaptateur et le chef opérateur des Anges du péché - oblige, on songe fortement à Bresson, ce d'autant plus que la distribution, foisonnante, réunit dans des rôles secondaires Paula Dehelly, ex-Mère Dominique des Anges... et Claude Laydu, ex-curé d'Ambricourt du Journal d'un curé de campagne. Pour autant, force est de reconnaître qu'à l'inverse des deux films sus-cités, la grâce et le sacré ne soufflent ici que par intermittence : l’agonie de Madeleine Renaud, presque aussi remarquable que chez Grémillon (c'est dire), les atermoiements prodigieux de Brasseur, la probité surprenante (une fois n'est pas coutume) et la grande sobriété (même remarque) de Wilson, l’irruption soudaine de Lucien Arnaud, désemparé, dans l’hôtel de La Force, le dernier close up sur le visage, bouleversant et bouleversé, de Judith Magre – l’anti-Jeanne Moreau à tous les sens du terme, ce qui constitue ici un compliment – ou les ultimes regards échangés entre Anne Doat, Pascale Audret, la montée à l’échafaud de la seconde et la totalité des interventions d’Alida Valli, mieux que magnifique. Ce qui est déjà pas si mal pour un film écrit et réalisé à quatre mains par deux non-cinéastes et constamment tiré vers le bas par sa tête d'affiche officielle. Dans ce même rôle de Mère Marie de l'Incarnation, Nicole Courcel, fera nettement mieux, un quart de siècle plus tard, tout au long d'une version télé - elle en Couleur - estampillée Pierre Cardinal (Le Dialogue des carmélites, 1983).


Le propos était suffisamment fort en soi, le texte d’origine suffisamment juste, pour légitimer à eux seuls le refus de la charge comme celui de la surenchère. Surenchère qui constitue le péché mignon (pas si mignon) de cette adaptation soignée, mais où la bondieuserie semble toujours le disputer au divin, ce qui n'était le cas - l'on s'en doute - à aucun moment, tout au long des Anges... ou du Journal... Valli, Renaud, Audret, Doat, Magre, Brasseur, Wilson, il n’est pas excessif pour le coup de les citer une seconde fois, participent indéniablement à la grande réussite de l'ensemble, mais on pourrait en dire tout autant, sur le mode mineur d’Hélène Dieudonné (aussi émouvante et fragile à l'écran qu'elle se pouvait se montrer odieuse et désagréable à la ville, autant dire qu'elle se montre particulièrement émouvante), d’Yvette Étiévant, d'Anouk Ferjac, de Sophie Grimaldi (dont le silence imposé par la Règle résorbe - provisoirement, mais c'est déjà ça de pris - la propension fâcheuse au chuintement), de Margo Lion, de Claire Olivier, de Paula Dehelly, de Pierre Bertin ou d’Albert Rémy, pour ne rien dire de Barrault, rempilant dans le rôle de Baptiste seize ans après Les Enfants du paradis (Marcel Carné, 1943)... Toutes et tous là comme pour rappeler que la simplicité est souvent plus payante que les effets de manche, et que c’est toujours en en montrant le moins que l’on en dit le plus.



© Armel De Lorme / L’@ide-Mémoire, 2015-2018.


Version remaniée d’un texte extrait de l’Encyclopédie des Longs-Métrages français 1929-1979 - Volume XIII (Armel De Lorme, L’@ide-Mémoire, 2015). Toute reproduction, même partielle, soumise à l'autorisation écrite des auteurs et éditeurs.


Photo : Jeanne Moreau, D.R. Gaumont.