L'@ide-Mémoire Cinéma

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★★★☆☆  Les Confidences érotiques d'un lit trop accueillant
 
Michel Lemoine / 1973 / France

 

Avec : Olga-Georges Picot (Dominique), Michel Le Royer (Jean-Louis), Janine Reynaud (la maîtresse délaissée de Maurice), Marie-George Pascal (Noëlle, la fiancée de Philippe), Anne Libert (Sophie, le mannequin), Nathalie Zeiger (Nathalie, la jeune entôleuse), Marie-Hélène Règne (Maud, la prostituée), Émilie Mathis (la danseuse-pouliche), Martine Azencot (Irène, l’amie inséparable de Dominique), Jacques Bernard (Charles), Sacha Briquet (Robert, l’ami de Charles), Bruno Devoldère (Philippe), Jean Guélis (l’étrange professeur de danse), Georges Guéret (le quinquagénaire moustachu entôlé par Nathalie), Jacques Insermini (Maurice, le truand), Daniel Sismondi (Stéphane, le copain de Daniel), Gin Sand [= Gene Sand] (Daniel), Chantal Arondèle [= Chantal Arondel], Évelyne Bérard, Charly Déles, Philippe Dumond, Béatrice Illido, Aurore [= Aurore Benny/Bunny Godillot] (la nouvelle maîtresse de Maurice), César Torrès (un garde du corps de Maurice), Éliezer Melluc [= Éliezer Mellule], Magda Malinvaud [= Magda Mundari] (la soubrette du petit hôtel), Danielle Duvivier, Jean-Pierre Malinvaud (Paul Lambert, le client du petit hôtel), Monique Vita (la compagne de Paul Lambert), Nadège Monceau (Nadège), Patrick Torok [= Patrice Torok], Patrick Gomez (Patrick, le coiffeur), Michel Lemoine (le mari de Nadège), Alain Venisse (Gérard, le brocanteur aux Puces).


Le comédien Jean-Claude Balard, parfois cité, n’apparaît ni au générique, ni à l’écran. Dernier film interprété par l’ex-jeune premier Michel Le Royer. Premier film tourné - sous pseudonyme - par Bunny Godillot.


Gogo-danseuse de profession mais authentique Shéhérazade des temps modernes à ses moments perdus, la sculpturale Dominique ne se sépare jamais de son lit rond « fétiche », témoin consentant et muet d’innombrables prouesses amoureuses. On assiste ainsi successivement, en autant de flash-back, à un ballet de femmes-juments dressées à coup de fouet par un vieillard mi-libidineux, mi-sadique, à une farce boulevardière catapultant deux bourgeois, quadragénaires avancés, et un bracelet égaré dans les griffes d’une hiératique respectueuse, à une partie à trois dans un hôtel de passe avec Monique Vita et jeu de rôles à la clef, à l’histoire très fleur bleue – et un rien niaiseuse – d’un double dépucelage adolescent, à une parodie de films de gangsters défendue avec autorité par Janine Reynaud, à une variation coquine et rigolote sur l’entôlage permettant d’admirer le cul tortillé en cadence de Nathalie Zeiger puis, enfin, à un plan à trois mené de main de maîtresse par une exquise Anne Libert, mi-étudiante, mi-belle de nuit. Dominique, lassée – ou peut-être stimulée – par toutes ces évocations, finira dans les bras du blond et fadasse Jean-Louis, un de ses ex-amants de passage perdu-retrouvé au tout début du film et qu’elle est parvenu, à force de lui raconter d’excitantes histoires, à s’attacher définitivement.


Les (auto)biographies de lits ayant beaucoup à raconter avaient décidément la cote en cette année 1973, qui à quelques mois d’intervalle vit la mise en chantier de l’abracadabrantesque et franchouillard Plumard en folie de l’éphémère Jacques Lemoine (dont ce sera la seule réalisation) et celle de ces Confidences jamais trop intimes estampillées Michel… Lemoine (a priori aucun rapport, hormis la présence d’Anne Libert et de Nathalie Zeiger dans les deux films). Là où Jacques misait sur la franche rigolarde, une cocasserie tout en premier degré et absence de finesse et un casting très « la France profonde et ses icônes les plus classieuses du moment » (Galabru, Sapritch, Topaloff, Henri Tisot, Pierre Péchin et les frères Préboist en tête), Michel, s’en tenant à la recette qui fit le succès des Chiennes – autre réussite – l’année précédente, joue plus volontiers la carte d’un érotisme classique mêlant savamment chic et choc, humour et glamour, sensualité et éclectisme. On assiste ainsi, dans le désordre, aux exhibitions de la sublissime Olga Georges-Picot, déjà rompue à ce type d’exercices depuis Robbe-Grillet et faisant ici office de Shéhérazade des temps modernes, sur une descente de lit en peau de panthère, à un ballet de femmes-juments dressées à coup de fouet par un professeur de danse plus sadique qu’autoritaire, une farce boulevardière catapultant Sacha Briquet, plus hébété que jamais, et Jacques Bernard dans les griffes d’une superbe respectueuse (Marie-Hélène Règne, équivalent franco-français, quoique moins drôle, de la russmeyerienne Tura Satana), à une partie à trois dans un hôtel de passe avec Monique Vita et jeu de rôles à la clef (Madame endossant le tablier de la femme de chambre qui, pour sa part, revêt les fourrures de Madame), à l’histoire très fleur bleue et un rien niaise d’un double dépucelage, à une parodie de films de gangsters défendue avec autorité par Janine Reynaud, à un massage très sage sur une Bunny Godillot (encore) très jeune, à une variation coquine et rigolote sur l’entôlage permettant d’admirer le cul tortillé en cadence de Nathalie Zeiger, à un nouveau plan à trois mené de main de maîtresse par une exquise Anne Libert, mi-étudiante, mi-belle de nuit. C’est dire si Michel Lemoine ratisse large, qui, sans jamais sacrifier la forme au fond (sans jeu de mot), parvient à faire de ces Confidences… l’un des films érotiques les plus léchés (même remarque) de la décennie, censément bien plus intéressant, mieux filmé et mieux monté (itou) qu’Emmanuelle, tourné exactement à la même époque.


Foin de fauteuils en rotin, de BO gainsbourienne et de Thaïlande de cartos-pâte, foin aussi des mieux que sublimes Sylvia Kristel, Christine Boisson, Jeanne Colletin et Marika Green, l’avisé et inventif Lemoine se rabat sur ses valeurs sûres : une gaudriole rien moins qu'aimable, une vision du sexe à la fois ludique et décomplexée et surtout la plus belle brochette d’actrices déshabillées du moment, certaines fort bonnes comédiennes de surcroît (Anne Libert et Olga Georges-Picot, au premier chef, mais on pourrait en dire tout autant e Martine Azencot, Monique Vita ou Nathalie Zeiger). Démocratique jusqu’au bout des ongles, il milite au passage pour la sexualité des quinquas (pas une première du genre, mais presque), en flanquant la doyenne du genre, Janine Reynaud (plus d’âge ni de paupières, mais encore beaucoup d’allure) au centre d’un épisode, après avoir lui même donné l’exemple en tombant le peignoir dès le sketch d’ouverture, histoire d’être plus à l’aise au moment de se taper simultanément Martine (Azencot) et Olga (Georges-Picot) et de faire admirer au passage un corps impeccablement entretenu (entendre bronzé et dénué, au grand dam du spectateur de quarante ans et plus, de la moindre couche de gras autour de la ceinture). Son visage, curieux mélange d’étrangeté et de restes de beauté, est quant à lui toujours aussi propre à inspirer le malaise – était-ce voulu ? – que dans les séries Z italiennes qui firent sa gloire dix ans auparavant, mais on s’y habitue somme toute assez vite. De toutes façons, avec Lemoine, on n’a guère le choix, c’est presque toujours le package « acteur + réalisateur pour le prix d’un seul » qui est fourni à l’arrivée, à prendre ou à laisser. Un sommet du genre, donc, que ces Confidences… déclinées à la queue-leu-leu et à un rythme d’enfer par leur infatigable narratrice, en dépit d’une fin de pure convention, balançant (faute de mieux ?) Olga dans les bras d’un amour de jeunesse, play-boy sur le retour défendu par un médiocre Michel Le Royer à la fois en perte de vitesse et pas sexy pour deux ronds, ce qui fait beaucoup pour un seul homme. Le film terminé (sur une troisième et dernière partie à trois évoquée en flash-back et un ultime orgasme de Michel Lemoine), on se prend à espérer, pour Olga-Dominique-Shéhérazade surtout, que Michel-Jean-Louis et elle ne se marieront pas, qu’ils n’auront pas beaucoup d’enfants, et que la belle narratrice, réenfourchant très vite la moto sur laquelle, dûment sanglée de cuir rouge, elle ouvrait la séquence prégénérique, repartira vers de nouvelles aventures après avoir déposé son nouveau chéri sur la première aire d’autoroute venue… et racheté son lit au brocanteur. Comme dit l’autre, rien n’interdit de rêver…



© Armel De Lorme / L’@ide-Mémoire, 2011-2018.



Version remaniée d’un texte extrait de l’Encyclopédie des Longs-Métrages français 1929-1979 - Volume VIII (Armel De Lorme, L’@ide-Mémoire, 2013) *. Toute reproduction, même partielle, soumise à l'autorisation écrite des auteurs et éditeurs.

* Le texte en question a, dans les faits, été initialement écrit pour et publié dans un ouvrage coordonné (de façon fort irrespectueuse sur le long teme) par Christophe Bier, édité par Serious (or not) Publishing en juin 2011, et dont les chaînes de droits relatives à la propriété intellectuelle de la majeure partie des contributeurs n'ont toujours pas été honorées à ce jour, à notre vif regret.