L'@ide-Mémoire Cinéma

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★★★★  Le Chemin du Paradis

Wilhelm Thiele & Max de Vaucorbeil / 1930 / France-Allemagne



AVEC : Lilian Harvey (Liliane Bourcart), Henry Garat (Willy Roussel), René Lefèbvre [= René Lefèvre] (Jean), Jacques Maury (Guy), Gaston Jacquet (M. Bourcart, le père de Liliane), Olga Tchekowa [= Olga Tchekhova] (Édith de Tourkoff), Hubert Daix (Me Dupont-Belleville, l’avocat), Jean Boyer (l’huissier de la saisie), les Comedian Harmonists [= Robert Biberti, Erwin Bootz, Erich A. Collin, Roman Cycowski, Harry Frommermann & Ari Leschnikoff] (les barmen du « Perroquet ») & l’Orchestre de Lewis Ruth.


Premier en date d’une série de musicals montés tout au long du premier tiers des années 1930 sur la popularité du couple de cinéma Lilian Harvey-Henry Garat, Le Chemin du paradis est également l’un des plus réussis du lot, à égalité avec Le Congrès s’amuse, mis en chantier par Jean Boyer l’année suivante. Sa mise en scène, parfaitement maîtrisée, épouse pas à pas les contours et les méandres d’une intrigue bien moins conventionnelle qu’il n’y paraît de prime abord, et flirtant avec une forme de folie douce : Liliane Boucart, ravissante et irrésistible héritière gâtée-pourrie par son père, qui aimerait bien avoir la caser pour pouvoir roucouler en paix avec sa capiteuse maîtresse, hésite entre trois amis, rencontrés séparément mais tenant à tour de rôle la pompe d’un poste à essence. Des trois, Willy est indéniablement qui plaît le plus à la jeune femme, mais lui aussi possède un caractère bien trempé. En outre, il se soucie peu de devoir renoncer à l’amitié de Jean et de Guy. Liliane, plus ou moins conseillée par la maîtresse de son père, imagine alors de faire commanditer le trio par ce dernier, suite à quoi elle se fait embaucher comme… secrétaire. Naturellement, son orgueil comme celui de Willy reprennent rapidement le dessus. C’est finalement l’autorité (feinte) de Boucart père qui aura raison de la fierté des deux jeunes gens, aussitôt réunis en compagnie des autres protagonistes dans un décor de théâtre – Pirandello pas loin – laissant lui-même place, une fois le numéro final exécuté, à l’amorce d’une salle de cinéma. Le tout mené en quatre-vingt-dix minutes montre en main, et sans le moindre temps mort. Lilian Harvey, blonde et exquise, danse aussi bien qu’elle chante, et chante aussi bien qu’elle joue la comédie : plus encore qu’Henry Garat, sympathique et doué, elle constitue l’atout charme du film, en même temps qu’elle affiche une remarquable complicité de jeu avec ses partenaires, Garat, Gaston Jacquet et la mieux qu’adroite Olga Tchekowa en tête. L’ensemble, s’il oscille habilement entre franche gaîté et mélancolie, se caractérise peut-être plus encore pas sa constante délicatesse, qui n’est pas sans rappeler pêle-mêle Lubitsch ou Ophuls (ce dernier engagera, deux ans plus tard Tchekowa sur Liebelei) ou annoncer, avec quelques encablures d’avance, le meilleur de Douglas Sirk. Délicatesse propre, au premier chef, aux relations unissant certains personnages entre eux, notamment celui de Tchekowa avec Jacquet ou Lilian Harvey, mais qui nimbe pareillement la totalité des numéros chantés et/ou dansés. Très jolie réussite.


Extrait de l'ouvrage à paraître Trésors du Cinéma français des Années Trente (Raretés, Rééditions & Restaurations). Toute reproduction même partielle interdite, sauf autorisation écrite des auteur et éditeur.


Photo : Henry Garat et Lilian Harey, D.R.