L'@ide-Mémoire Cinéma

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☆☆☆☆   Allo ! ... Je t'aime... 
 
André Berthomieu / 1952 / France

 

Avec : Robert Lamoureux (Pierre Palette), Claude Farell (Odette Chenevière), Denise Grey (Mme Dupuis, la mère d'Odette), Jacques Dynam (Gilbert Pujol), Frédéric Duvallès (M. Petitpas), Charles Bouillaud (Martinet), Christiane Sertilange (Mado), Jacques Emmanuel (le comte Gontran), Edmond Ardisson (le détective privé), Marie-Reine Kergal (la secrétaire), Robert Rollis (Catinot), Gisèle Ripert (la téléphoniste), Jean Daurand (le contremaître), Inès Nazaris (la femme de chambre), Henri Coutet (un ouvrier), Émile Genevois (un employé), Jacques Ary (le brigadier), Roger Dalphin.


Pierre Palette, peintre de son état, a une sorte de moyen infaillible de conquérir les femmes : leur téléphoner tous les jours à heure fixe et se contenter de leur dire, laconiquement, « allô, je t’aime ». Ainsi procède-t-il avec la ravissante Odette Chenevière, directrice d’une usine de voitures d’enfants. D’abord exaspérée, la belle finit par succomber au charme du séduisant trublion, lequel s’est entre temps fait engager dans l’établissement qu’elle dirige, et dont il perturbe allègrement le bon fonctionnement. Démasqué puis renvoyé, il rebelote en se faisant passer pour un truand, avant de poursuivre l’objet de son cœur jusque dans sa résidence secondaire. Sa technique de la séduction par l’obsession finira par payer, et l’autoritaire Odette tombera dans ses bras, consentante et conquise.


« Vous êtes franchement mauvais dans la comédie sentimentale », assène à juste titre – sans employer de gants ni y mettre les formes – le personnage de Claude Farell à celui de Robert Lamoureux. Pas mieux ! Pas spécialement servi par la pièce d’origine de Michel Dulud, qui est quand même ce que le Boulevard des années 1940 et 1950 a pu produire de pire, Berthomieu, qui d’ailleurs a l’air de s’en foutre (mais peut-être était-ce qu’il y avait de mieux à faire), durant les deux premiers tiers d’une intrigue pas particulièrement amusante, quoi qu’elle en ait, doit composer en outre avec le jeu à la ramasse de son principal interprète, oscillant tel un yoyo entre suffisance et absolu ringardisme. Moins excusable encore, le médiocre parti tiré de la présence de Claude Farell, dont le talent, l’assurance la cinégénie méritaient largement mieux qu’une direction flottante. Une heure durant, elle semble hésiter en permanence pour savoir si elle interprétera son rôle en mode Jacqueline Delubac, Sophie Desmarets ou Simone Renant, avant de prendre la décision, pour le coup salutaire, d’être simplement Claude Farell. Une fois qu’elle s’est trouvée, la comédie peut enfin décoller, vingt ou vingt-cinq minutes avant la fin, ce qui est mieux que rien. Manque de bol, Berthomieu cède à son péché mignon d’achever – une fois de plus – son film sur un banquet de mariage, ce qui ne constitue pas l’idée du siècle. Lamoureux, non content d’avoir joué les maillons faibles du début à la (presque) fin, en profite pour refourguer en douce au spectateur un sketch, ou quoi que ce soit d’approchant, extrait de la série « Papa-Maman », qui fit son succès sur les planches et lui permit d’accéder aux plateux de cinéma. Ce qui est moins réjouissant encore, c’est de voir les vétérans Duvallès et Denise Grey devoir faire semblant de s’esclaffer cinq minutes durant en gros plan devant ce piètre numéro de cabaret ni fait ni à faire. Il y a des choses qu’on ne devrait, sous aucun prétexte, imposer aux vieux comédiens blanchis sous le harnois. Le dénouement pour le coup sinistre et rapporté d’Allo ! … Je t’aime… en fait, malheureusement, partie.


© Armel De Lorme / L’@ide-Mémoire, novembre 2018.  Toute reproduction même partielle interdite, sauf autorisation écrite des auteur et éditeur.


Photo : Claude Farell, René Chateau/La Mémoire du Cinéma, D.R.